Ce colloque 2011 organisé à Lyon par l'Arche en France à réuni 1400 personnes, une belle réussite pour cette seconde édition. On notera aussi une très forte présence de jeunes, ce qui est une très bonne nouvelle, nous commencions à nous habituer à être un peu l'exception dans ce genre de colloque.

Au programme, une série de conférences et d'ateliers sur le thème des fragilités.

Dans une société qui ne met en avant presque que des exemples de réussite, de succès, de vitesse, de richesse, d'accomplissement personnel et individuel, de croissance économique, de self estime, de puissance, de performance, ça fait du bien de prendre un peu de recul le temps d'un WE pour laisser la place à ce qu'il y a peut être de plus précieux : Ce qui est fragile en chacun de nous.

Parmi les conférences de très grande qualité, on a particulièrement apprécié celles du dimanche matin, avec l'intervention de Jean-Marie Petitclerc et de Michela Marzano.

Jean-Marie PETITCLERC que nous avions déjà entendu à d'autres occasions nous a une fois de plus séduits par son intervention. Éducateur spécialisé (entre autres qualités) il nous a présenté la question de la fragilité à travers le spectre du passage de l'enfance à l'age adulte. Cette période d'adolescence qui commence de plus en plus tôt et se termine de plus en plus tard dans nos sociétés modernes. En quelques mots et avec des exemples vécus, concrets et pleins d'humour, il nous a décrit comment accompagner cette étape pour faire le deuil de l'enfance et passer des rêves naifs, à la construction de projets par la découverte et l'acceptation de ses propres fragilités et de celles des autres. Il a souligné l'importance de la confiance, de l'espérance et de l'alliance !

Michela MARZANO, philosophe, devait répondre à la question "que faire de nos failles". Elle est peut être parmi tous les conférenciers du WE, celle qui a le plus joué le jeu en répondant à l'invitation des organisateurs à s'impliquer personnellement dans son exposé. Son témoignage d'introduction était d'une telle sincérité et d'une telle profondeur. Elle a accordé une grande confiance à ses auditeurs en nous partageant les douleurs et les difficultés qu'elle a traversées. L'assistance a littéralement été touchée par son intervention. Elle a ensuite organisé son propos autour de la notion de confiance. S'étonnant entre autre que la "confiance en soi" soit devenue une "compétence professionnelle". Elle a souligné l'importance de la dépendance aux autres, qui permet la relation et qui n'est pas incompatible avec la notion d'autonomie. La confiance est un pari, qui comporte des risques, qui donne à l'autre la possibilité de nous trahir. On ne donne vraiment sa confiance que lorsqu'on accepte de révéler ses fragilités.

Les autres interventions étaient bien sûr aussi très intéressantes :

Bruno FRAPPAT (Journaliste) avait introduit le sujet avec une forme de litanie des fragilités, rappelant que si le monde n'est pas plus fragile aujourd'hui qu'hier, la fragilité est aujourd'hui plus visible, nous en avons plus conscience et cela entraîne un certain manque de confiance dans nos sociétés.

Julia KRISTEVA (psychanalyste) nous a apporté son regard de spécialiste sur la question du handicap et la notion d'humanité... Une fois de plus, j'ai eu la preuve que la psychanalyse était un domaine auquel je n'ai toujours rien compris !

Axel KAHN (Généticien) a organisé son argumentation autour de la distinction entre ce qui est d'ordre biologique et ce qui est d'ordre sociétal. Notre humanité est définie non seulement par notre génome, mais aussi par le regard de l'autre qui nous fait exister en tant qu'être humain. Nos situations évoluent entre deux extrêmes : "être une personne normale soumise à une action anormale" et "être une personne anormale soumise au milieu habituel". Il a souligné la tentation de la société de se dédouaner de ses responsabilités dans son rôle de construction et d'organisation et a regretté l'abandon progressif de toute finalité. Il a rappelé que la première règle d'une approche éthique était d'agir à la fois sur la personne et sur son milieu et surtout, de refuser systématiquement d'intervenir si ce n'est pas pour le bien de la personne mais pour ce qu'on attend d'elle.

Les ateliers du samedi après midi, ont permis des partages d'expériences et des témoignages de terrain : d'entreprises, d'institutions, d'associations qui agissent pour une meilleure prise en charge et reconnaissance des fragilités dans nos sociétés.

Jean Paul DELEVOYE (médiateur de la république), nous a apporté un regard intéressant sur le rôle des institutions, l'importance des valeurs défendues par notre république. Malgré, la pertinence de son intervention, quelques incohérences ont été relevées dans son exposé, qui mettent bien en relief la difficulté des institutions à mettre en pratique les grandes idées aussi belles soient-elles.

La veillée du samedi a été très variée, le fil rouge de la soirée était assuré par une troupe de clown composée de personnes aux fragilités diverses, quelques artistes amis de l'Arche ont apporté une dimension musicale mélodieuse. Jean VANIER a eu l'occasion de nous offrir un beau témoignage, riche de ses expériences. Un petit groupe de l'Arche à Lyon a pris le temps (peut être un peu trop de temps au goût de certains spectateurs) de présenter un tableau chorégraphique original "sur le fil de la vie". Enfin, Steve WARING nous a offert un pur moment de bonheur, avec quelques chansons folks à la guitare et son émouvant duo avec Arthur, son fils accueilli à l'Arche à Lyon, en interprétant : "Jean Doucement" dont voici le refrain en guise de conclusion de cet article.

Mon coeur aime la lenteur et mon esprit le ralenti
Je m’appelle Jean, Doucement doucement doucement !