Mercredi matin : 7h00 départ de Friguiagbé. Le temps n’est pas très beau, tant mieux il fera moins chaud sur la route. Nous avons même de la pluie, ce qui rend la chaussée glissante, il faut être toujours plus vigilant.

Les barrages à l’entrée et à la sortie des villes sont tous levés depuis quelques semaines. Nous arrivons sans difficulté au Km 36, check point d’entrée de Conakry. La ficelle tenant lieu de barrage est au sol, on passe discrètement.

Conakry est grise ce matin, nappée dans le brouillard et il fait déjà très chaud. Le taux d’humidité est élevé et la sensation de chaleur étouffante. Il n’est pas encore 9h00 et nous transpirons déjà dans la voiture… La circulation est dense, nous mettons un peu plus de temps que prévu pour rejoindre notre premier rendez vous dans le quartier Bellevue.

Le taux de change est encore plus favorable que la dernière fois, le Franc Guinéen s’écroule lentement mais sûrement 1Euro vaut 8200 GNF (au lieu de 6000 GNF il y a 6 mois).

Nous repartons dans les embouteillages en direction du quartier Donka pour déposer la prothèse de tibia au CNO (Centre National Orthopédique). M. Sylla nous reçoit cordialement et nous promet de faire la réparation dans les 24h00… Inch’Alla ! Nous insistons pour dire que nous repartons le lendemain midi et nous prenons la direction du centre ville (quartier de Kaloum).

Encore et toujours des embouteillages, il est 11h30 et les taxis ainsi que de nombreuses voitures affluent toujours vers le bout de la presqu’île. C’est une journée normale à Conakry, pas de trace en apparence des événements récents. La vie semble avoir repris son cours presque normalement depuis déjà plus d’une semaine. (Notons tout de même que les restos et commerçants spécialisés souffrent beaucoup de l’absence de leur clientèle d’expat)

Vers midi, nous arrivons à l’archevêché où nous saluons Bernard qui suit les activités de Savoir Fer Guinée. Nous garons la voiture (il vaut mieux circuler à pied dans le centre) et nous réservons une chambre à l’archevêché pour y passer la nuit.

Archeveche

Nous allons manger au Café Pressing notre incontournable cantine, le patron nous accueille avec un large sourire. Un petit tour à la promotion féminine pour passer une commande de batiques. Nous prenons rendez vous pour plus tard avec l’artisan teinturier (un monsieur pas féminin du tout).

Bientôt 14h00, nous nous rendons à l’ambassade en temps qu’îlotier de Mamou pour notre rendez vous avec Mme le Premier Conseiller. Nous sommes un peu en avance, le personnel d’accueil est encore en pause déjeuner, nous sommes cordialement invités à… rester sur le trottoir… (Toujours aussi accueillante l’administration française). Enfin après 15min, un agent de sécurité vient nous ouvrir la grille. Muni d’un détecteur de métaux, il nous scanne des cheveux jusqu’aux orteils, nous lui remettons nos téléphones (interdits à l’intérieur) et nous pouvons enfin entrer. Après une longue attente, nous verrons finalement M. le Consul. En effet, Mme le Premier Conseiller a eu un programme de dernière minute qu’il était difficile de décaler… Elle aura finalement le temps de nous croiser avant notre départ de l’ambassade.

Au cours de la discussion avec le Consul, nous échangeons bien évidemment sur la situation en Guinée. Il nous précise que la recommandation de départ (toujours d’actualité) faite aux français n’est là qu’en raison de l’instabilité politique qui rend l’avenir difficilement prévisible en Guinée. Qu’il n’a été recensé aucune exaction à l’encontre des français présents en Guinée et qu’à ce niveau, il nous avoue même que le taux de criminalité à l’encontre des étrangers est encore aujourd’hui bien plus important à Dakar qu’à Conakry ! Amis volontaires réfugiés au Sénégal, bon courage !!

Nous ressortons à plus de 16h00 de l’ambassade avec une carte de recharge pour le téléphone satellite de chef d’îlot… les techniciens n’ont pas pu recharger eux mêmes, le réseau satellite d’urgence ne fonctionnait pas… (hum, hum… très intéressant ce téléphone de secours…)

Retour à la promotion féminine pour retrouver notre… homme… finalement, notre idée de commande n’est pas encore parfaitement au point et nous sommes fatigués, nous discutons des possibilités et nous reviendrons une prochaine fois avec plus de détails.

Un petit tour dans les magasins de « riches » (Intermarché et Leader Price) pour acheter ce qu’on ne trouve pas ailleurs et retour à l’archevêché où nous discutons avec le Père Nicolas, un sympathique français venu enseigner dans les séminaires de Bamako (Mali) et Coyah (Guinée).

Le soir, mezzés dans un petit resto libanais (Le Cèdre) à quelques pas de là… Repas agréable, mais Cécile conclut que finalement la meilleure cuisine libanaise qu’elle n’ai jamais mangée c’est « Chez Marielle »… (Pour ceux qui veulent, on vous donnera l’adresse de ce charmant resto Libano-Drômois).

Fin de la première journée, épuisés. Très bonne nuit climatisée.

Jeudi matin : Drôle d’impression quand la femme de ménage nous explique que Michel, le responsable de la maison d’accueil est sorti et qu’il faut qu’on lui remette à elle, l’argent de la chambre mais que l’autre dame (on n’a toujours pas compris qui) ne doit pas le savoir… Après un appel au responsable de l’hôtellerie, nous confions l’argent à Bernard de Savoir Fer…

Encore deux ou trois courses et nous partons direction Madina (le très très grand marché de Conakry). Nous nous garons sur « l’autoroute » près du marché et nous retrouvons Alassane, ami de l’assistant social du centre, qui est parti au marché acheter pour nous 36 bouilloires en plastique et 36 petites tasses. Tout ça pour un ancien de nos élèves qui n’a pas pu continuer la formation à cause d’une trop grande infirmité au bras. Il va revendre petit à petit ces articles à l’unité en attendant qu’on trouve une meilleure solution. Nous remercions Alassane qui a été très efficace. (NB : une bouilloire en plastique ne sert pas à chauffer l’eau pour le thé, mais constitue un petit point d’eau portatif très utilisé ici pour les ablutions ou pour remplacer le papier toilette)

Retour au CNO pour récupérer la prothèse tibia de Mamadou Baïlo. Il n’est pas encore 10h30 et la prothèse est déjà prête. Bravo et merci M. Sylla.

Comme nous sommes en avance sur le programme, nous prenons la direction de Matoto pour une visite surprise au dispensaire St Gabriel. Nous retrouvons avec joie Félix et les autres employés fidèles au poste ainsi que Mariam qui accompagnait justement le petit Antou qui souffre de fièvre à cause du palu.

Félix et Mariam

Les activités du dispensaire semblent tourner avec un bon rythme de croisière. Félix et les autres employés sont contents de nous voir passer. Ils sont un peu inquiets depuis le départ des volontaires. Nous passons un bon moment avec eux à trier quelques médicaments et nous les encourageons pour le travail qu’ils accomplissent. Même s’il est difficile de leur expliquer que pour nous, étant à Mamou, la situation est un peu différente, ils sont très heureux et rassurés de savoir que tous les volontaires français n’ont pas quitté la Guinée.

Nous raccompagnons Mariam et Antou chez eux à Bambetto, où nous retrouvons Tchotcho qui nous a sauté dans les bras et Victorine qui rentrait tout juste de l’école. Nous leur donnons quelques nouvelles de leurs amis retournés en France et en Belgique.

Pour vous chers amis, ils vous offrent leur charmants sourires :

Enfants de Mariam et Felix

Ludo et Tchotcho

Il est environ 13h00, nous passons à Kipé chez Nadine Bari, pour installer l’ordinateur au bureau de Guinée Solidarité. Entre 2 sandwichs, nous saluons le peintre I. Barry qui trouve une nouvelle inspiration aux couleurs rouges avec des collages d’extraits de journaux relatant les événements récents.

Sur le chemin du retour, nous passons saluer Emilie, ancienne volontaire AFVP de Labé qui reste à Conakry auprès d’Abdoul son mari guinéen retenu ici par son job. Pour Emilie, ce n’est pas très drôle de rester à Conakry et d’y chercher du travail dans ces conditions. Elle a comme nous, été un peu triste de voir partir les volontaires de l’AFVP. Nous prenons le temps de papoter un peu avant de reprendre la route à 15h30.

La sortie de Conakry s’est passée sans difficulté, nous sommes de retour à Friguiagbé pour 2 jours de repos total avant de retourner dimanche à Mamou.

Ce que nous retenons de ce périple :

Hormis les 2 ou 3 aigris habituels croisés dans la rue qui nous ont demandé pourquoi nous n’étions pas encore rentrés chez nous (le racisme sévit partout), nous avons eu l’impression que pour beaucoup de guinéens que nous avons croisés à Conakry, notre présence ici est un témoignage qui les encourage dans ces moments difficiles. Le départ massif des étrangers semble avoir laissé un sentiment d’abandon et nombreux sont ceux (même inconnus) qui nous ont manifestés leur joie en nous voyant ici.

Malgré tout, Conakry nous a laissé un goût étrange. Nous avons retrouvé la ville telle que nous l’avions quittée, mais nous avions du mal à retrouver nos petits rituels, les échanges entre volontaires nous ont manqué, sans parler du traditionnel passage au Riviera… Bref, une ville de Conakry presque comme avant mais avec l’amertume du 28 septembre et sans les amis qui nous rendaient d’habitude ce déplacement si agréable…

On pense à vous…