Mercredi matin, nous quittons Kankan pour rejoindre St Alexis, village proche de Siguiri, à 140km au nord de Kankan. Comme nous l’avons déjà dit, c’est un peu le village des gaulois en terre romaine, car c’est un village 100% chrétien dans la région fortement marquée par l’islam. C’est un des premiers villages où des missionnaires sont venus vivre. Aujourd’hui encore deux prêtres espagnols sont responsables de la paroisse.

Nous avions fait le trajet avec Sr Alice religieuse à Kindia originaire du village. Nous l’accompagnons dans sa famille.

Nous sommes impressionnés par les constructions des cases qui marquent les délimitations des différentes concessions familiales. Des manguiers de partout, le village semble être un immense verger. Nous commençons notre découverte par un petit tour du village à l’ombre des manguiers. Nous passons de concession en concession, en saluant les gens au passage.

A l’entrée du village, nous retrouvons l’Eglise et le presbytère. Un peu plus loin, un centre de santé tenu par des sœurs mexicaines, absentes en ce moment. Derrière le centre de santé, c’est la ville, Siguiri qui connait une forte expansion démographique et qui a rejoint les abords du village. Les habitants de St Alexis se sont battus (sans potion magique), pour récupérer les terres qui jouxtent leur village. Ils y ont établi un terrain de football et des espaces libres pour éloigner la ville et ainsi préserver la tranquillité et la spécificité de leur village. De l’autre coté de la route goudronnée, on aperçoit le cimetière du village et quelques plantations de manguiers.

Nous avons été accueillis dans la concession familiale. Nous logeons dans une grande case aménagée séparée en deux par une cloison. L’entrée ouvre sur un coté salon qui donne ensuite sur une chambre. Une porte arrière mène vers 2 compartiments extérieurs à ciel ouvert : un pour les toilettes, l’autre pour se laver. Un vrai plaisir en cette saison de se doucher le soir tombé au clair de lune. Le toit de chaume nous donne un peu de fraicheur mais la chaleur reste lourde et étouffante en Haute Guinée.

Durant ces quelques jours, nous avons pu vivre au rythme de la famille de Sébastien. Sa maman : La Vielle, occupe une maison de briques au centre de la concession, ses frères et belles-sœurs logent dans des cases juxtaposées. Sa sœur Blandine habite une maison de l’autre coté de la concession. Le lieu de vie principale, c’est la cour. Il fait tellement chaud que l’on cherche un peu d’air à l’ombre des manguiers. C’est là que les femmes travaillent, elles cuisinent à l’extérieur en cette saison mais une case est aménagée pour la cuisine en cas de pluie.

La lessive, les toilettes des enfants, le partage des repas, tout se passe à l’extérieur au milieu de la cour. Même le soir en ce moment, les enfants se couchent sur une grande natte à l’extérieur, rejoints ensuite par les mamans avant que celles-ci ne les portent à l’intérieur dès que la fraicheur de la nuit se fait ressentir.

Nous avons eu l’occasion de visiter les plantations de manguiers de la famille à la sortie du village. Antonin entretient plusieurs plantations, un ancien verger qui date déjà de l’époque du Vieux et un plus récent que lui et ses frères ont planté avec leur père lorsqu’ils étaient plus jeunes.

En saison des pluies, il cultive aussi du riz, du maïs, des légumes dans le bas fond. Un élevage de moutons qui se vendent bien au moment de la tabaski (fête de l’Aïd).

Ils ont aussi des vaches, des chèvres et quelques porcs. Le cochon n’est pas un met très recherché sur cette terre d’islam et les quelques expatriés travaillant dans les mines d’or ne suffisent pas à écouler la production porcine, cette activité est remise fortement en question par la famille.

Barnabé, le mécano de la famille jette un œil sur le moteur de la voiture de Sébastien.

Dans la journée, nous passons beaucoup de temps à nous reposer à l’abri du soleil. La chaleur est écrasante et nous empêche d’entreprendre quoi que ce soit. Alors, entre deux siestes, nous dévorons quelques bouquins et dégustons des mangues fraichement cueillies… C’est les vacances !

Les enfants n’ont pas tellement de jouets, mais le village est un terrain de jeu immense et sécurisant. Ils courent beaucoup dans la concession et sont souvent sollicités pour participer aux tâches ménagères. A quatre ans, Marie-Berthe aide sa maman Blandine à frotter le linge, c’est comme un jeu qui l’amuse beaucoup. Marie-Madeleine qui n’est pas plus grande, ouvre les gousses d’ail avec ses doigts et manipule parfois aussi le couteau pour peler les pommes de terre.

Roger, environ 10 ans est le chef de la cour, c’est lui qui s’occupe de tout, il court placer les chaises et les bancs pour les adultes et les invités, il transporte les seaux d’eau, s’occupe des plus petits.

Roger au centre coupe la viande pour la fête :

Aimable dit Le Vieux (le plus grand des 2) environ 16 ans, travaille avec Barnabé sont père à la mécanique. Mais à la concession, il part chercher les bidons au forage avec l’âne et la charrette. Roger l’accompagne souvent avec quelques autres enfants.

Le Vieux et son âne :

Une petite fille fait griller des arachides dans ce tonneau :

Toute la journée, nous avions quelque chose à manger. Parfois à des heures complètement inhabituelles. Le matin, de l’eau chaude, des omelettes, parfois des sardines ou de la viande nous attendaient sur la petite table du salon de notre grande case. A midi du poulet grillé, des frites, du riz, de la sauce et des fruits. Mais quelques fois, les plats étaient servis seulement à 15h00 ou 17h00, quelques fois encore, à midi puis à 15h00 puis à17h00… enfin, le soir un ou deux services étaient encore proposés… Les gens préparent à manger dès le retour du marché et mangent quand quelque chose est préparé. Les heures ne sont pas vraiment fixées à l’avance. Cela dépend du retour du travail de l’un ou de l’autre, de l’appétit des enfants. Mais globalement, nous étions servis très souvent, beaucoup plus souvent que le reste de la famille. C’est un honneur de préparer pour les invités, mais pas forcément de manger avec eux. Nous partagions cependant le repas du soir avec Blandine ou Sébastien.

Le soir, à la fin du repas, les enfants ne demandent pas la permission pour sortir de table… il n’y a pas de table, chacun mange dans l’un des plats communs. Quand un enfant est rassasié, il se lève et fait le tour de la concession pour aller remercier chacun des adultes l’un après l’autre. Nous avons eu droit à des : merci tonton et merci tantie en pagaille… Gare à celui qui oublie une grande personne ! Tu as dit merci à tonton là ? Chaque soir, c’est le défilé, c’est plutôt amusant et très attendrissant.

Ce fut pour nous une grande joie de partager la vie de cette famille unie, de participer à la cuisine avec les femmes et les petites filles de la concession.

Même s’il n’est pas facile de proposer son aide… L’invité doit se reposer et être servi pour le moindre de ses besoins, c’est ça l’hospitalité africaine, il en va de l’honneur de la famille.